Appareil EMS ou microcourant : pourquoi il ne fait (presque) rien sans gel conducteur
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L'essentiel
La couche superficielle de la peau, la couche cornée, conduit très mal le courant. Sans gel conducteur à base d'eau, un appareil EMS ou à microcourant n'établit qu'un contact partiel : sensations irrégulières, picotements, efficacité réduite. Les produits huileux appliqués juste avant la séance sont à proscrire. Côté preuves, l'étude la plus solide chez l'humain (108 femmes, 12 semaines) montre une augmentation mesurable de l'épaisseur des muscles des joues, mais la recherche reste limitée. Ces appareils sont déconseillés en cas de pacemaker ou d'implant électronique, et pendant la grossesse.
Vous l'avez acheté après avoir lu quelques avis encourageants. Les premières séances étaient prometteuses, puis l'enthousiasme est retombé : tantôt un léger fourmillement, tantôt rien du tout, parfois une petite décharge désagréable au niveau de la mâchoire. Il est tentant d'en conclure que l'appareil ne sert à rien. Avant de trancher, il vaut la peine de regarder ce qui se passe à l'endroit précis où l'appareil touche la peau.
La peau, un isolant plus efficace qu'on ne le pense
La couche cornée, c'est-à-dire la couche la plus externe de l'épiderme, est composée de cellules mortes aplaties et pauvres en eau. Sa résistance électrique est élevée. Les tissus plus profonds, riches en eau et en ions, conduisent au contraire très bien le courant. Autrement dit, c'est la surface de la peau qui fait goulot d'étranglement.
Le gel conducteur sert précisément à franchir cet obstacle. Composé principalement d'eau et de sels dissous, il crée un pont humide entre les électrodes et la peau. Sans lui, le contact ne se fait qu'en quelques points : le courant se concentre à ces endroits, d'où ces zones où l'on ne sent rien et d'autres où ça pique. Ce n'est pas le signe d'un appareil défectueux, mais d'une peau trop sèche pour conduire correctement.
Pourquoi la sensation change à l'automne
Les propriétés électriques de la peau varient selon son degré d'hydratation. Une même personne ne conduit pas le courant de la même façon avec une peau sèche en hiver qu'avec une peau légèrement humide en été. Si votre appareil vous semblait agréable en août et vous paraît étrange aujourd'hui, la baisse d'hydratation de votre peau est une explication plausible. Il suffit souvent d'appliquer un peu plus de gel qu'avant.
Ce qu'il faut appliquer, et ce qu'il faut éviter
Commencez sur une peau propre, débarrassée du maquillage, de la crème solaire et des résidus de soin. Retirez aussi vos bijoux si vous travaillez près du cou ou de la mâchoire. Appliquez ensuite une couche fine mais homogène d'un gel à base d'eau sur la zone à traiter. Un sérum gel aqueux peut dépanner, mais il sèche plus vite : dès que l'appareil accroche ou que la sensation devient irrégulière, remettez-en.
À éviter absolument avant la séance : les huiles, baumes et crèmes riches. Au lieu de faciliter le passage du courant, ils forment plutôt une couche isolante. Gardez-les pour après.
Pour les appareils à radiofréquence, qui chauffent les tissus, la plupart des fabricants recommandent également un gel, afin que l'appareil glisse sans à-coups et que la chaleur se répartisse uniformément. Dans tous les cas, la notice de votre appareil reste la référence.
Ce que dit la recherche, et ce qu'elle ne dit pas
Ce qui est établi : en 2012, une équipe irlando-américaine dirigée par Suzane Kavanagh a publié dans le Journal of Cosmetic Dermatology un essai randomisé portant sur 108 femmes en bonne santé âgées de 32 à 58 ans. Pendant douze semaines, le groupe traité a utilisé un appareil de stimulation électrique neuromusculaire 20 minutes par jour, cinq jours par semaine. L'échographie a mis en évidence une augmentation de l'épaisseur des muscles des joues, et les participantes ont rapporté une amélioration de l'aspect de leur visage.
Les limites de cette étude : le groupe témoin n'a reçu aucun traitement, pas même un appareil placebo, et l'étude était seulement partiellement en aveugle. Le protocole de 20 minutes quotidiennes dépasse aussi largement ce que la plupart des utilisatrices pratiquent chez elles.
Ce qui n'est pas démontré : une grande partie des travaux sur le microcourant a été menée sur l'animal ou in vitro, et les effets souvent mis en avant, comme la stimulation du collagène ou un véritable « lifting », manquent d'études cliniques solides chez l'humain. Il est donc raisonnable d'attendre un teint un peu plus tonique avec une pratique régulière, et déraisonnable d'espérer l'équivalent d'une intervention esthétique. La régularité compte davantage que l'intensité : quelques minutes, plusieurs fois par semaine, sur plusieurs semaines.
Les situations où il vaut mieux s'abstenir
Ces appareils utilisent un courant électrique et ne conviennent pas à tout le monde. En cas de pacemaker, de défibrillateur implantable, d'implant cochléaire ou de neurostimulateur, ne les utilisez pas sans l'accord explicite du médecin qui suit votre implant. Pendant la grossesse, leur innocuité n'a pas été établie : mieux vaut s'en passer. En cas d'épilepsie, de cancer, d'infection cutanée, de plaie ouverte ou d'intervention récente sur le visage (injections, chirurgie), demandez l'avis de votre médecin. Même prudence si vous portez des plaques ou des vis métalliques dans la zone du visage.
Questions fréquentes
Puis-je utiliser mon sérum à la place d'un gel conducteur ?
Un sérum aqueux peut convenir ponctuellement, mais il sèche vite et le contact devient alors irrégulier. Un sérum huileux est à éviter, car il gêne le passage du courant.
Pourquoi est-ce que je ressens parfois une petite décharge ?
Le plus souvent, parce que le contact entre l'appareil et la peau est incomplet : le courant se concentre sur quelques points. Ajouter du gel règle généralement le problème. Si la gêne persiste, interrompez la séance et consultez la notice.
Au bout de combien de temps peut-on espérer un résultat ?
L'étude de référence a évalué les effets après douze semaines d'utilisation régulière. Il n'existe pas de délai garanti : les résultats dépendent de la régularité, de l'appareil et de chaque peau.
Le microcourant remplace-t-il un lifting ?
Non. Les données disponibles évoquent un effet tonifiant modéré, pas un résultat comparable à une intervention esthétique ou chirurgicale.
En pratique
Si votre appareil dort dans un tiroir, redonnez-lui sa chance : peau propre, fine couche de gel, séances courtes et régulières pendant quelques semaines. Et si vous cherchez un premier appareil, le masseur facial EMS à microcourant est une option simple pour commencer, tandis que le masseur facial 4-en-1 RF et EMS associe la stimulation musculaire à la chaleur de la radiofréquence. Pour associer la stimulation à la lumière rouge, le masseur facial EMS à lumière rouge est conçu pour le visage, le contour des yeux et le cou. Dans tous les cas, le gel reste indispensable.
Source principale : Kavanagh S., Newell J., Hennessy M., Sadick N., « Use of a neuromuscular electrical stimulation device for facial muscle toning: a randomized, controlled trial », Journal of Cosmetic Dermatology, 2012, 11(4), p. 261‑266. Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical.